Le compte à rebours est désormais lancé. À six jours de la prestation de serment de Romuald Wadagni, le Bénin vit au rythme des préparatifs, des spéculations politiques et d’une effervescence grandissante autour de celui qui s’apprête à prendre les rênes du pays après dix années de gouvernance de Patrice Talon.
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Dans les administrations, les états-majors politiques, les médias et jusque dans les rues de Cotonou, une même date revient dans toutes les conversations : le dimanche 24 mai 2026. Ce jour-là, Romuald Wadagni deviendra officiellement le cinquième président de l’ère du renouveau démocratique béninois. Mais avant même la cérémonie, l’événement s’impose déjà comme un moment politique inédit et hautement symbolique. Pour la première fois depuis le retour du pluralisme démocratique en 1990, une investiture présidentielle ne se tiendra pas à Porto-Novo. Le futur chef de l’État prêtera serment au Palais des congrès de Cotonou, une décision officialisée par le gouvernement en Conseil des ministres en raison des travaux de réhabilitation en cours au stade Charles de Gaulle.
Depuis plusieurs jours, le Palais des congrès connaît une activité inhabituelle. Travaux d’aménagement, dispositifs sécuritaires, installations techniques et répétitions protocolaires se multiplient autour du site appelé à accueillir les principales autorités du pays ainsi que plusieurs délégations étrangères. Des images relayées sur les réseaux sociaux montrent même le président Patrice Talon effectuant une visite discrète sur les lieux afin de s’enquérir de l’état d’avancement des préparatifs. Au-delà du changement de décor, cette investiture marque surtout la transition entre deux figures étroitement liées depuis une décennie. Ancien ministre de l’Économie et des Finances, Romuald Wadagni s’apprête à succéder à celui qui l’avait révélé au sommet de l’État en 2016. Cette relation particulière donne à la transition actuelle une tonalité singulière, entre continuité assumée et ouverture d’un nouveau cycle politique.
Lors de son dernier Conseil des ministres, Patrice Talon a d’ailleurs laissé transparaître une forte charge émotionnelle. Devant ses collaborateurs, le chef de l’État sortant a plaidé pour un renouvellement générationnel au sein du futur gouvernement, appelant à l’émergence d’une équipe « beaucoup plus jeune » capable de poursuivre les réformes engagées. Un message interprété dans les milieux politiques comme une ultime orientation adressée à son successeur. Pendant ce temps, les tractations s’intensifient autour de la composition du premier gouvernement Wadagni. Plusieurs médias évoquent déjà des consultations discrètes entre les partis de la mouvance présidentielle et le président élu. Des listes de personnalités circulent, alimentant les débats sur les futurs visages du pouvoir.
Dans l’opinion publique, l’attente se mêle à la curiosité. Beaucoup veulent découvrir le ton que donnera Romuald Wadagni à son premier discours présidentiel, lui qui a construit son image autour de la rigueur économique et de la gestion des finances publiques. Ancien cadre international passé par Deloitte avant son entrée au gouvernement en 2016, il hérite d’un pays profondément transformé par les réformes structurelles engagées ces dix dernières années. La cérémonie du 24 mai sera également observée au-delà des frontières béninoises. Avec cette transition organisée dans la continuité institutionnelle et sans crise politique ouverte, le Bénin cherche une nouvelle fois à afficher son image de stabilité démocratique dans une sous-région confrontée à de nombreuses turbulences.
À mesure que l’échéance approche, une évidence s’impose : le 24 mai ne sera pas seulement une date protocolaire. Ce sera un moment de bascule entre deux générations politiques, entre un cycle qui s’achève et un autre qui commence sous le regard attentif de tout un pays.


