Le parti Les Démocrates voit deux de ses responsables quitter ses rangs à 48 heures de son deuxième congrès ordinaire. Il s’agit de l’ancien député Célestin Hounsou et de René Igari Orou Bagoudou, vice-président chargé de la coordination des activités dans l’Alibori. Tous deux ont annoncé leur démission ce jeudi 8 octobre 2026. Ces départs témoignent des profondes divisions qui secouent la formation politique.
Le malaise persiste au sein des Démocrates. Alors que le parti s’apprête à tenir un rendez-vous crucial pour son avenir, deux de ses figures ont choisi de prendre leurs distances. Célestin Hounsou et René Igari Orou Bagoudou ont tous deux officialisé leur départ, invoquant des raisons qui, malgré leurs nuances, renvoient à une même réalité, une rupture avec la ligne actuelle de la formation politique. Pour l’ancien député Célestin Hounsou, la décision semble avant tout relever d’une désillusion politique. Dans sa lettre de démission, il exprime sans détour son amertume quant à l’évolution du parti et à la place qu’y occupent désormais les idéaux qui ont motivé son engagement. « Le principal motif de cette décision n’est rien d’autre que les idéaux de mon combat politique ont malheureusement déserté le forum », écrit-il. Une déclaration qui sonne comme un réquisitoire contre l’évolution de la formation politique. Sans entrer dans le détail des décisions qu’il désapprouve, l’ancien parlementaire laisse entendre que les raisons qui l’avaient conduit à rejoindre le parti ne correspondent plus à la réalité qu’il observe aujourd’hui. Il adresse néanmoins ses vœux de réussite à ceux qui continuent de croire au projet politique des Démocrates, leur souhaitant « bon vent ».
René Igari Orou Bagoudou dénonce des divergences de fond
Le départ de René Igari Orou Bagoudou revêt, lui aussi, une portée particulière. Membre fondateur des Démocrates et responsable au sein du parti depuis sa création, il occupait les fonctions de vice-président chargé de la coordination des activités dans le département de l’Alibori. Dans sa lettre, il évoque des désaccords profonds sur les orientations politiques de la formation et sur certaines décisions prises par ses dirigeants. Sa démission, affirme-t-il, est une décision « mûrement réfléchie », motivée par « des divergences d’orientations politiques majeures et l’incohérence de certaines décisions qui ne permettent plus de militer au sein du parti ». Pour cet ancien cadre, les désaccords ont atteint un niveau qui ne lui permet plus d’assumer sereinement ses responsabilités au sein d’une organisation à laquelle il a contribué dès les premières heures. « Je ne peux plus exercer sereinement cette tâche en tant que membre fondateur du parti LD », fait-il savoir. Malgré cette rupture, René Igari Orou Bagoudou tient à remercier les militants, les cadres et les membres du bureau pour la confiance accordée ainsi que pour le travail accompli en commun. Une marque de reconnaissance qui contraste avec la fermeté de sa décision.
Une crise interne qui s’enlise
Ces deux démissions surviennent dans un climat particulièrement tendu pour Les Démocrates. Depuis plusieurs mois, le parti est traversé par une crise de leadership qui a débouché sur une bataille judiciaire autour de sa direction. Les tensions se sont notamment exacerbées après le soutien apporté par Éric Houndété, alors premier vice-président du parti, à Romuald Wadagni, candidat à l’élection présidentielle d’avril 2026. Privée de participation au scrutin faute de parrainages suffisants, la formation politique n’avait officiellement donné aucune consigne de vote. Dans la foulée, Nourénou Atchadé a pris les commandes du parti. Une évolution contestée par Éric Houndété, qui a saisi le tribunal de première instance de Cotonou pour remettre en cause cette direction. À l’issue de l’examen du dossier, la juridiction a rendu une décision favorable au camp d’Atchadé. Éric Houndété a toutefois interjeté appel, laissant la Cour d’appel de Cotonou appelée à se prononcer sur la suite de cette affaire. Cette bataille judiciaire a contribué à exposer au grand jour les divisions qui minent la formation politique. Elle s’inscrit dans une période de turbulences marquée également par le retrait de Boni Yayi de la présidence du parti, peu avant la présidentielle de 2026.
Un congrès sous pression
À deux jours du deuxième congrès ordinaire, les départs de Célestin Hounsou et de René Igari Orou Bagoudou constituent un nouveau signal d’alarme pour Les Démocrates. Au-delà des trajectoires individuelles, leurs déclarations soulèvent une question centrale : celle de la capacité du parti à préserver sa cohésion et à maintenir ses militants autour d’un projet politique commun. Lorsque des responsables invoquent l’abandon des idéaux fondateurs ou dénoncent des divergences majeures d’orientation, c’est aussi la crédibilité de la ligne politique et du fonctionnement interne qui se trouve questionnée. Le prochain congrès s’annonce ainsi comme une échéance déterminante. Il devra se tenir dans un contexte où les contestations persistent, où les procédures judiciaires suivent leur cours et où de nouveaux départs viennent fragiliser davantage les rangs du parti. Pour Les Démocrates, l’enjeu dépasse désormais la tenue d’un rendez-vous statutaire. Il s’agit de faire face à une crise de confiance, de clarifier les orientations politiques et de tenter de restaurer une unité mise à rude épreuve.
Diane ATEKPO

