Policier en circulation au Bénin

Après près de sept décennies sous le régime d’un arrêté datant de 1956, le Bénin se dote d’un nouveau Code de la route. Adopté le lundi 26 octobre 2026 par les députés de la 10ᵉ législature, ce texte entend moderniser les règles de circulation et renforcer la sécurité des usagers. Trottoirs réservés aux piétons, assurance moto obligatoire, répression accrue des comportements dangereux et éducation routière dès l’école figurent parmi les principales innovations annoncées.

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Six titres et 122 articles composent le nouveau dispositif, présenté à la presse après son adoption par le président de la commission des lois, Orden Alladatin, le ministre du Cadre de vie et des Transports, Georges Alé, et le directeur général du Centre national de sécurité routière, Ariel Sacramento. L’objectif est d’adapter la réglementation à l’évolution du trafic et de mieux encadrer les comportements sur les voies ouvertes à la circulation publique.


Les trottoirs désormais réservés aux piétons


Parmi les changements les plus visibles figure la protection des espaces destinés aux piétons. Le nouveau Code interdit leur occupation par les commerces et encadre plus clairement leur aménagement. Les nouvelles infrastructures routières devront intégrer, selon les possibilités liées à leur configuration, des trottoirs, des pistes cyclables et des passages pour piétons. Cette mesure vise notamment à réduire l’exposition des usagers vulnérables aux risques d’accident. D’après les chiffres avancés lors de la présentation du texte, les piétons représentent 15 % des personnes tuées sur les routes au Bénin. La loi prévoit également une meilleure prise en compte des personnes à mobilité réduite dans la conception des voies. Les conducteurs devront, par ailleurs, céder le passage aux piétons déjà engagés sur la chaussée ou manifestant clairement leur intention de traverser. Le port du casque devient une obligation explicitement inscrite dans la loi pour les motocyclistes et leurs passagers. Dans les voitures, la ceinture de sécurité s’impose au conducteur comme aux passagers, tandis que le transport des enfants nécessite un dispositif de retenue adapté.


Téléphone au volant, alcool et excès de vitesse dans le viseur


Le nouveau Code renforce également l’encadrement des comportements à risque. L’utilisation du téléphone mobile ou d’un écran vidéo par le conducteur d’un véhicule en circulation est interdite, sauf dans le cas d’un assistant de conduite. La conduite sous l’emprise de l’alcool, des stupéfiants ou d’autres substances psychotropes est également prohibée. Les forces de l’ordre pourront soumettre certains conducteurs à des dépistages, notamment lors d’opérations de contrôle ou après un accident. Le texte prévoit aussi le retrait conservatoire du permis de conduire dans certaines circonstances, dont la conduite sous l’emprise de substances interdites, le refus de se soumettre aux contrôles prescrits ou un dépassement d’au moins 50 km/h de la vitesse maximale autorisée. En matière de vitesse, la limitation générale en agglomération est fixée à 50 km/h, avec une réduction à 30 km/h dans les zones scolaires. Une vitesse pouvant atteindre 70 km/h est prévue sur certaines voies dont l’aménagement garantit un niveau de sécurité suffisant. Les communes pourront également imposer des limitations plus basses dans le cadre de leurs compétences. Pour les conducteurs professionnels assurant le transport de personnes ou de marchandises, une pause d’au moins 15 minutes est prévue après plus de trois heures de conduite consécutive ou 200 kilomètres parcourus, dès que l’un de ces seuils est atteint.


L’assurance moto et les sanctions renforcées


L’Autre innovation annoncée lors de la présentation est l’assurance moto obligatoire, destinée à améliorer la prise en charge des victimes d’accidents. Le dispositif renforce également les exigences relatives à l’état technique des véhicules, à leur immatriculation, à leurs équipements de sécurité et aux contrôles avant leur mise en circulation. Le stationnement anarchique est aussi visé. Il est notamment interdit sur les trottoirs, les passages pour piétons, les pistes cyclables et devant les accès réservés aux services d’urgence. Les autorités compétentes pourront faire enlever, aux frais du propriétaire, les véhicules ou épaves qui entravent la circulation lorsque les conditions prévues par la loi sont réunies. Le volet répressif prévoit des sanctions contre plusieurs infractions, notamment la conduite sans permis valide, les grands excès de vitesse, la conduite sous l’emprise de stupéfiants, le refus de dépistage et le délit de fuite. Certaines infractions, dont la conduite sans permis correspondant à la catégorie du véhicule, sont passibles d’une amende de 250 000 à 350 000 FCFA. Les contraventions et les peines correspondantes doivent être précisées par décret. « Avec ce code, des armes ont été données conséquemment à la police et aux tribunaux pour agir. Avant, ce n’était pas évident », a déclaré le député Orden Alladatin lors de la présentation du texte.


La sécurité routière enseignée dès le primaire


La réforme mise également sur la prévention. L’éducation à la sécurité routière devient obligatoire dans les établissements scolaires et universitaires ainsi que dans les centres d’alphabétisation. Les auto-écoles seront associées à la formation des écoliers. Face aux inquiétudes relatives au coût de cet apprentissage, le ministre Georges Alé a précisé qu’aucun tarif d’auto-école n’avait été fixé dans le Code. « Au contraire, nous voulons rendre l’apprentissage plus simple et plus démocratique », a-t-il expliqué. Avec environ 3 200 morts par an, soit près de neuf décès quotidiens selon les chiffres évoqués lors de la présentation, le Bénin entend ainsi renforcer son dispositif de prévention et de répression des accidents de la circulation. L’adoption parlementaire marque une étape importante, mais la mise en œuvre effective de plusieurs mesures reste liée aux textes réglementaires d’application. Le nouveau Code devra également être promulgué par le président de la République avant son entrée en vigueur. Son application permettra de mesurer la portée concrète de cette réforme, qui vise à mieux protéger les usagers et à responsabiliser l’ensemble des acteurs de la circulation routière.


Diane ATEKPO

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